Face à la hausse des demandes d’absence pour raisons confessionnelles par certains salariés. La direction du groupe est dans l’embarras.

L’été dernier, le syndicat CFE-CGC d’Orange envoie une lettre publique au directeur des ressources humaines, Jérôme Barré, lui demandant «la suppression de toute référence explicite à une religion pour déposer une demande d’absence». En cause, les autorisations spéciales d’absence (ASA), héritées du passé public de l’opérateur télécom, qui peuvent être accordées lors des fêtes musulmanes, juives, orthodoxes, arméniennes ou bouddhistes (les principales fêtes catholiques étant, elles, déjà chômées).

Face à la hausse des demandes, le syndicat propose au DRH de remplacer ces trois jours par des RTT que chaque salarié pourrait poser «sans autre justification que la convenance personnelle, et sans que le manager puisse s’y opposer». A ce jour, la direction d’Orange n’a pas donné suite à cette proposition. Il est pourtant rare de voir un syndicat interpeller publiquement son état-major sur ces questions ultrasensibles.

Les ASA religieuses ont été instaurées dans le service public par une circulaire de 1967, au nom de la liberté de conscience. Depuis la transformation de l’ex-France Télécom en société de droit privé, le système a été élargi à tous les salariés. «Mais ce qui, en 1967, n’était qu’une simple tolérance réservée à un très petit nombre, est devenu la revendication d’un droit, ce qui n’est plus gérable», estime Sébastien Crozier, président de la CFE-CGC Orange. Et pas seulement parce que les salariés de confession musulmane sont plus nombreux. «Ceux qui ont de réelles convictions religieuses demandent ces ASA, c’est logique, poursuit-il. Mais certains non-pratiquants le font aussi désormais, parfois sous pression, pour ne pas passer soit pour de mauvais musulmans, soit pour des idiots.» Les manageurs redoutent d’être accusés de discrimination s’ils refusent les autorisations et le système agace les autres salariés, d’autant que «le travail tend à se banaliser les jours des fêtes légales», souligne Crozier. D’où, selon lui, le risque de dérives, racistes d’une part, communautaristes de l’autre.

Lire la suite dans Libération – Anne Denis – 4 novembre 2016


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