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La facture risque d’être salée. Pas celle des abonnés, mais celles du chômage. Selon une étude de l’économiste Bruno Deffains, professeur à Paris II, l’arrivée de Free Mobile pourrait entrainer la destruction de 70 000 emplois en France sur deux ans.

Face aux offres à bas coûts de Free, les opérateurs se lancent en effet dans la course au moins-disant. Le chiffre de Deffains va au delà de toutes les prévisions. Jusque là, Jean-Ludovic Silicani, président de l’Arcep (le gendarme des télécoms), estimait la perte à 10 000 emplois maximum, FO avançait le chiffre de 30 000 postes.

En fait, l’étude en question écarte une compensation des licenciements secs par des départs en retraite. Chez Orange, Sébastien Crozier, président de l’Unsa/CFE-CGC, avait déjà estimé sur Marianne2.fr qu’en additionnant démissions et départs en retraite « 500 à 700 » personnes allaient partir tous les mois de l’entreprise à partir d’octobre 2012. Mais Deffains remet en cause l’impact de ces départs en retraite pour le reste du secteur au vu de la moyenne d’âge (environ 35 ans) des effectifs.

Cela dit, ce n’est pas forcément dans les opérateurs en eux-mêmes que les emplois vont être perdus. Ce sont naturellement les sous-traitants qui vont trinquer, autant éviter une guerre sociale chez soi et remettre en cause les contrats avec les prestataires en cas de problème. En effet, seuls 10 600 emplois vont être directement supprimés chez les opérateurs…

(…) Arnaud Montebourg, désormais ministre du Redressement productif, s’était félicité en janvier dernier de l’arrivée de Free mobile : « Xavier Niel vient de faire avec son nouveau forfait illimité plus pour le pouvoir d’achat des Français que Nicolas Sarkozy en 5 ans ». L’argument est évidemment juste et Free a permis de faire baisser la facture de l’abonné. Mais cela s’est fait au détriment d’une baisse de la qualité et d’un bouleversement du marché de l’emploi.

A la base, c’est un choix politique. Le problème n’est pas l’ouverture à la concurrence en elle-même mais ses conditions. A l’époque, c’était François Fillon qui militait ardemment pour l’arrivée d’un 4ème opérateur. Contre l’avis de Nicolas Sarkozy, sans doute soucieux des intérêts de Bouygues. Dès le départ, avant même que Free soit officiellement choisi par l’Arcep, l’offre était calibrée pour un opérateur low cost sans vrai réseau. Au final, le consommateur n’a pas gagné, le réseau étant de moindre qualité, le travailleur non plus avec des pertes d’emplois à la clé. Erreur sur toute la ligne.

Extrait : Marianne2 – Tefy Andriamanana – 5 juin 2012


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