
Incendies de l’été 2026 : la CFE-CGC demande la mise en place d’une cellule de crise nationale pour un pilotage efficace
CSEC extraordinaire du 4 août 2026 — Le regard de vos élus CFE-CGC
Gironde, Landes, Var, Seine-et-Marne : cet été, le feu a frappé fort et a rappelé à Orange, comme à toute la société française, que le changement climatique n’est plus une hypothèse mais une réalité qui s’impose au quotidien. Jamais les incendies n’avaient été aussi violents et pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le gouvernement a mis en œuvre un plan d’évacuation de plus de 200 000 personnes. Réunis en urgence le 4 août 2026 en CSEC extraordinaire, organisé à notre initiative, vos élus CFE-CGC ont porté la voix des salariés auprès de la Direction qui, une fois de plus, a géré la crise sans y associer les représentants du personnel.
En premier lieu, la CFE-CGC formule son soutien plein et entier aux personnels mobilisés jours et nuits, aux salariés sinistrés, à leurs proches et leurs familles, aux agriculteurs, aux pompiers volontaires, les gendarmes réservistes et à l’ensemble des forces de secours du pays.
De son côté, la CFE-CGC Orange a fédéré plus de 90 personnes afin de passer plus de 1 500 appels pour s’assurer de la sécurité des personnels et pour leur apporter des réponses pratiques.
En second lieu, la CFE-CGC tient à saluer l’engagement de toutes celles et ceux qui se sont mobilisés : la filière RH, les managers de proximité, les élus de terrain, le service social du travail et le service de prévention et de santé au travail et également tous les salariés mobilisés sur ces opérations sans précédent. Sans leur investissement personnel, souvent pendant leurs week-ends et leurs congés, la situation aurait été bien plus difficile à vivre pour les centaines de salariés directement touchés.
Plusieurs mesures ont été mises en place :
1 – La protection des salariés et l’organisation du travail
- Télétravail à domicile privilégié pour tous les salariés dont l’activité le permet, avec possibilité de dépasser le quota habituel (validation managériale requise)
- Prêt de PC portables via la DISU (mot de passe « crise ») pour les salariés ayant laissé leur matériel sur site, avec un stock tampon constitué sur Blériot
- Autorisation Spéciale d’Absence (ASA) exceptionnelle rémunérée pour les salariés ne pouvant ni venir travailler ni télétravailler (notamment en zone évacuée) – process via RH et manager. Au niveau national, 34 collègues ont bénéficié de ce dispositif.
- Souplesse maintenue pour la semaine en cours. Le retour à la normale est envisagé progressivement la semaine suivante selon la situation.
2 – Les équipements de protection
Les intervenants, en zone sinistrée et hautement toxique, sont équipés de masques FFP3. Chaque situation est analysée et chaque personnel devra informer la médecine du travail s’il a été exposé à des risques (en cas de reconnaissance de maladies professionnelles par exemple).
Des masques FFP2 sont disponibles sur les sites tertiaires pour les salariés souhaitant s’en équiper (notamment les personnes à risques : asthme, pathologies respiratoires ou cardiaques). Les consignes ont également été partagées avec les sous-traitants à titre indicatif.
3 – L’accompagnement des salariés sinistrés
Des prestations sociales ont été définies :
Le processus : le salarié concerné se rapproche de son RH ou de son assistante sociale pour déclencher l’accompagnement. Aucune date butoir pour la mise en place de ces mesures.
Cependant, féliciter les acteurs mobilisés et actifs dans l’entraide ne doit pas nous empêcher de dire ce qui ne va pas. Et ce qui ne va pas, c’est l’organisation même de la gestion de crise chez Orange, vue de loin par les dirigeants du groupe.
Une gestion à Paris qui montre ses limites, des représentants du personnel tenus à l’écart, mais une cellule de crise locale efficace :
La CFE-CGC pose le constat sans détour : « La gestion centralisée à Paris d’une crise montre aujourd’hui ses limites et met en perspective des acteurs qui ne sont pas forcément les plus pertinents. ».
La quasi-totalité des territoires concernés dont la Gironde et le Var sont sous la responsabilité d’Orange Concessions qui rend compte aux collectivités locales dans le cadre des DSP (Délégations de Service Public) attribuées ou des marchés publics très haut débit. Ceci complique la chaîne de responsabilité et la compréhension des acteurs terrains : Orange est alors un sous-traitant d’Orange Concessions devant exécuter le contrat d’exploitation maintenance associé.
Et de rappeler des évidences : « qui est le responsable pour piloter la crise ? »
Alors que le gouvernement envisageait, dans la nuit du vendredi 24 juillet 2026, une possible évacuation de Bordeaux, une entreprise comme Bouygues a su déclencher une réponse à un niveau hiérarchique élevé, avec des moyens matériels de génie civil dédiés.
Chez Orange, la crise a été uniquement pilotée en région, ce qui a certes permis une réactivité de terrain, mais au prix d’un défaut criant de vision nationale et de portage politique fort à destination des salariés.
La CFE-CGC rappelle un précédent qui parle à tous : « Au mois de mars 2020, le samedi soir à 19h00, Stéphane Richard réunissait toutes les organisations syndicales avec tous les éléments disponibles sur le Covid. » autre époque sans doute de gestion d’évènements exceptionnels…
En ce mois de juillet 2026, une crise a conduit à l’évacuation de 220 000 personnes dans 23 communes. Au sein d’Orange, les organisations syndicales n’ont pas été associées en amont. La CFE- CGC a sollicité la Direction qui a alors transmis des informations au compte-goutte. C’est un recul démocratique dans le dialogue social que la CFE-CGC ne peut pas laisser passer sans réaction.
Pour anticiper de telles situations et veiller à mieux gérer chaque nouvelle crise potentielle, la CFE-CGC porte un programme de travail complet et exigeant. Il faut désormais que la Direction traite ces dossiers très sérieusement !
La CFE-CGC exige :
- Une communication de crise multicanale, structurée et traçable à destination des salariés touchés par l’événement et des instances de représentations du personnel.
- Une cartographie exhaustive de tous les dispositifs de gestion de crise existants chez Orange (cyclones, incendies, crises réseau, catastrophes naturelles), avec les porteurs de responsabilités, les modalités d’alerte et les mesures de prévention associées.
- Une cartographie précise des engagements mutuels du Groupe Orange envers Orange Concessions sur tous les territoires concernés et les moyens mis en œuvre pour tenir les objectifs de maintenance et d’entretien.
- Une bascule vers la prévention primaire, au lieu d’une logique uniquement corrective qui se déclenche une fois le sinistre déclenché.
- La prise en compte réelle des conséquences humaines et sociales, et pas seulement du rétablissement technique du réseau.
- L’association systématique des représentants du personnel dès les premiers instants de création de toute cellule de crise, sans attendre que l’information redescende après coup.
- Un retour d’expérience (RETEX) obligatoire après chaque événement exceptionnel, avec des indicateurs de suivi dans la durée (état sanitaire et psychologique des salariés, état du réseau, actions correctives engagées).
Sur cette base, la CFE-CGC a formellement demandé que la Direction instruise ce sujet au sein de la CPRPPST, avec le temps et les moyens nécessaires pour construire une analyse détaillée.
La CFE-CGC restera extrêmement attentive à la suite donnée à cette demande, qui n’a reçu à ce stade aucun engagement ferme de calendrier de la part de la Direction.
Un pilotage qui n’a pas fait ses preuves :
La CFE-CGC rappelle une question de fond portée depuis plusieurs mois : la nouvelle organisation d’Orange France, issue de la récente réorganisation REGAIN, était-elle vraiment prête à affronter une crise de cette ampleur ?
En effet, nous avions alors mis en garde la Direction sur le fait que la gestion de crise depuis Paris ne serait pas optimale. Suite à la séance de CSEC exceptionnel sur les incendies, il apparait que certaines dispositions ont été corrigées, puisque désormais les DOR (Direction des Opérations Réseau) sont responsables des cellules de crise dans leur bassin régional, mais beaucoup de choses ont été improvisées en termes d’organisation et surtout de communication.
La CFE-CGC ne peut que déplorer l’absence de communication préventive claire à destination des salariés — absence de numéro vert identifié, absence de message de la Directrice Générale et absence de dispositif d’acculturation aux crises. Un manque que la Direction devra combler avant le prochain épisode, car il y en aura d’autres.
Sur le terrain, des managers souvent livrés à eux-mêmes :
Un témoignage parmi d’autres a confirmé une situation alarmante : sur le périmètre DO GSE, dès les premiers incendies, la question a été posée sur les moyens de protection des techniciens intervenant en zone d’incendie dans le Var notamment par des masques FFP2 ou FFP3 — sans obtenir de réponse à la hauteur des enjeux : « Personne ne savait s’il devait y avoir des équipements».
La CFE-CGC exige un rappel formel des procédures aux managers de proximité, un suivi médical individualisé pour les techniciens de Gironde, des Landes et du Var ainsi que des autres régions sinistrées, et des garanties sur les stocks de masques disponibles. Une priorité portée au quotidien par vos élus CFE-CGC : la protection réelle des salariés ne peut pas reposer sur l’improvisation locale.
Ce que la CFE-CGC retient de cette séance…
La Direction a reconnu la nécessité de tirer les leçons de cette crise, et s’est engagée sur un RETEX à venir. Ce sont des engagements dont nous prenons acte, et que nous suivrons avec la plus grande vigilance.
La CFE-CGC continuera à porter, avec détermination, l’exigence d’une gestion de crise structurée, transparente et construite avec les représentants du personnel — et non simplement communiquée après coup.
La prochaine crise climatique n’est pas une hypothèse, mais une certitude. C’est seulement une histoire de temps ! Il est de notre responsabilité collective de nous y préparer dès maintenant, avec les salariés et leurs représentants au cœur du dispositif.
La CFE-CGC reste à votre écoute et à votre disposition pour toute question ou partage de témoignage sur cette crise.