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Photo by Yibei Geng on Unsplash

Les annonces publiées dans la presse ces dernières semaines sur l’engagement de certains membres du Comité Exécutif d’Orange dans les conseils d’administrations d’entreprises ou d’organismes externes au Groupe ont suscité des interrogations de la part de nombreux collègues : celles et ceux qui nous pilotent sont-ils pleinement investis dans leur mission au sein du Groupe, dans une période difficile dont certains disent qu’elle est porteuse d’opportunités pour le numérique, mais dont Orange ne semble pas bénéficier ?

Nous avons donc mené l’enquête. 5 des 14 membres du Comex d’Orange ont des responsabilités à l’extérieur du Groupe, en sus de leurs missions au sein d’Orange.

Le PDG d’Orange pressenti comme Président du port de Marseille

L’annonce que Stéphane Richard, Président Directeur Général du Groupe, est pressenti comme Président du Grand Port de Marseille, pour remplacer Jean-Marc Forneri décédé en décembre dernier, a ému. Précisons qu’il ne s’agirait pas d’un départ d’Orange, mais d’une responsabilité supplémentaire. Le Conseil de surveillance se réunit 6 fois par an (moins que celui d’Orange), pour définir la stratégie du 1er port de France, apparemment engagé dans plusieurs grands chantiers (aménagement de deux bassins, développement commercial, transition numérique et environnementale). Le rapport annuel ne mentionne pas comment sont rémunérés ses membres.

Notre PDG est déjà administrateur de l’Opéra de Paris, depuis 2009, mais les rapports annuels sont muets sur l’organisation des travaux et la rétribution du Conseil d’administration.

Il est aussi président de la GSMA, l’association qui regroupe 750 opérateurs mobiles dans le monde, et qui travaille notamment sur les normes de la téléphonie mobile. Une mission sans doute également prenante, mais en lien direct avec le métier d’Orange et profitable pour le Groupe.

Ramon Fernandez bientôt administrateur d’AXA

S’il est confirmé par l’AG des actionnaires du 29 avril prochain, le Directeur général délégué Finance, Performance et Développement du Groupe Orange deviendra administrateur du Groupe de banque et assurance AXA. D’après le DEU 2019, les activités du Conseil sont conséquentes (une bonne douzaine de réunions par an, du même ordre que chez Orange), et les jetons de présence annuels sont de l’ordre de 110K€ en moyenne.

Depuis janvier 2020, il est aussi membre du comité qui désigne 3 des membres de la Commission de surveillance de la Caisse des Dépôts et Consignations, ce qui interroge les observateurs. Rien n’est dit sur le caractère bénévole ou rétribué de cette mission.

Il est également membre du Conseil d’administration du club « Le Siècle », qui a sans doute davantage fait parler de lui qu’il ne l’aurait souhaité ces derniers mois.

3 autres membres du Comité exécutif d’Orange siègent également dans des Conseils d’administration externes

Gervais Pellissier, Directeur général délégué, Directeur des ressources humaines et de la transformation du Groupe, est administrateur référent de la société d’investissement Wendel. A ce titre, il a participé à 11 réunions dans l’année et perçu 94K€ en 2019.

Mari-Noëlle Jégo-Laveissière, Directrice Générale Adjointe des activités opérationnelles d’Orange en Europe (hors France), siège au Conseil d’administration de Valeo et d’Engie.

Chez Engie, elle siège depuis 2015, élue par l’AG des actionnaires sur proposition de l’Etat, et membre du Comité pour l’Éthique, l’Environnement et le Développement Durable, qui s’est réuni 4 fois en 2019 (taux d’assiduité de 100%), en plus des 12 séances plénières du Conseil d’administration, auxquelles elle a participé avec un taux d’assiduité de 83%. Elle y a perçu 68K€ de rémunération.

Chez Valéo, elle est administratrice indépendante depuis 2016 et membre du Comité d’audit et des risques. Le CA s’est réuni 10 fois en 2019 (assiduité 90%) et le comité d’audit 5 fois (assiduité de 80%). Elle y a perçu 64K€ de rétribution.

Fabienne Dulac, Directrice générale adjointe, CEO d’Orange France, est administratrice de La Française des Jeux et de L’Oréal.

Chez L’Oréal, elle est administratrice indépendante depuis avril 2019 (7 réunions en 2019 avec un taux d’assiduité de 80%), membre du Comité d’audit (5 réunions par an avec un taux d’assiduité de 67%) et du comité des ressources humaines et des rémunérations. Elle y a perçu 66K€ de rétribution.

A la Française des jeux, elle est membre du Conseil d’administration depuis novembre 2019, et présidente du Comité RSE et jeu responsable depuis octobre 2020. Ce dernier s’est réuni 7 fois en 2020, et le CA 9 fois. Avec une assiduité globale de 88,9%, Madame Dulac a perçu 42K€ de rémunération.

Elle est également membre du Conseil d’administration de Willa, association dédiée à l’accélération de la mixité dans les métiers de l’innovation.

Mieux réguler

S’il est utile de croiser les expériences pour améliorer le pilotage des entreprises, il n’en reste pas moins que participer à un Conseil d’administration demande de la disponibilité : l’analyse, voire la production, de tous les documents réalisés à l’appui des Conseils demande au moins autant de temps que les réunions elles-mêmes. Au détriment du temps consacré à son activité principale ?

Le code AFEP-MEDEF prévoit 4 mandats maximum dans des sociétés cotées, 2 seulement pour les mandataires sociaux ayant un rôle exécutif dans leur propre entreprise. Ne serait-il pas sage de limiter davantage le nombre de mandats détenus par celles et ceux qui dirigent de grands groupes ? Cela permettrait notamment d’élargir le cercle, actuellement assez restreint, et donc trop consanguin, des administrateurs d’entreprises. La mise en œuvre de la Loi Copé-Zimmermann, en faveur d’un meilleur équilibre femmes / hommes dans les Conseils d’administration, a montré qu’en dépit des critiques initialement formulées, il était tout à fait possible d’identifier de nouvelles personnalités pour siéger.


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