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Has been, les télécoms ? La mode est à la révolution numérique et aux start-up, même le régulateur du secteur, l’Arcep, veut « pivoter ». Entretien avec son jeune président, Sébastien Soriano.

Trop ringards, trop XXe siècle, les télécoms, vive le numérique ! Même le président du gendarme du secteur, l’Autorité de régulation des communications électroniques et postales (Arcep), veut se muer en régulateur des réseaux numériques.
Ce mercredi 24 juin, il s’invite dans le temple parisien des start-up, le lieu fédérateur de l’écosystème parisien de l’Internet, le Numa, au cœur du Silicon Sentier, pour dévoiler les nouvelles priorités de cette autorité qui veut s’ouvrir au monde extérieur, se mettre au collaboratif et au crowdsourcing. Entretien avec le président du collège de l’Arcep, Sébastien Soriano, 39 ans, très bon connaisseur du secteur, passé par Polytechnique et Télécom Paris Tech, l’Arcep et l’Autorité de la concurrence, et ex-directeur de cabinet de Fleur Pellerin à l’Economie numérique de 2012 à 2014.

Rue89 : Vous allez réorienter les priorités de l’Arcep pour « la transformation numérique du pays », c’est-à-dire ?

Sébastien Soriano : Les missions de l’Arcep, qui est une autorité administrative indépendante [AAI, comme la Cnil ou le CSA, ndlr], lui sont confiées par le Parlement ou le droit européen : notre mandat politique est figé dans des textes, nous n’avons pas à le discuter. Mais nous avons la capacité de modifier nos priorités.
J’ai été nommé en janvier pour six ans et je souhaite que l’Arcep soit au rendez-vous des défis numériques du pays. Avec le collège de l’Arcep, nous donnons ce mercredi le coup d’envoi d’une revue stratégique de six mois, afin de définir nos priorités à l’heure des objets connectés, de la numérisation des entreprises et de l’Internet ouvert.
Mon objectif est de replacer la régulation des réseaux à l’intérieur de la grande histoire du numérique. J’ai été très surpris, quand j’étais à Bercy, de voir à quel point les acteurs télécoms et ceux du numérique étaient deux mondes assez fragmentés, en silos.

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L’Arcep a une image un peu poussiéreuse, bureaucratique. Faut-il la « hacker » pour la transformation numérique ?

Je m’interroge sur cette image que vous décrivez. Je pense que dans les cercles lointains, nous avons plutôt une image de modernité, mais plus on s’approche des fanas du numérique, plus on est en décalage, c’est vrai. L’Arcep a été créée avant la bulle internet – sous le nom d’ART en 1997 – et les premières start-up, c’était les réseaux et on a connu certains grands succès comme Free. Les télécoms, c’est la génération n-1 des start-up, on est un peu des papys du numérique.
Je ne veux surtout pas « hacker » l’Arcep. Je veux qu’on pivote, qu’on « shifte ». La dernière revue stratégique de l’autorité, qui remonte à 2003, portait sur l’organisation. Moi, je n’ai pas d’objectif de réorganisation, je ne vais pas créer de cabinet comme cela se fait parfois : je me place dans une démarche d’appropriation de ces sujets numériques, du chargé de mission au directeur, en passant par le chef d’unité.

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Les opérateurs télécoms sont eux-mêmes attaqués par des « barbares » du numérique, non ?

Cette question est intéressante. Lors d’une réunion informelle avec des directeurs d’unités de l’Arcep, j’ai projeté des images, dont celle de Conan le Barbare, pour nous interroger sur cette notion : qui sont les barbares ? Ceux qui ne respectent pas les règles, ceux qui sont agiles parce qu’ils ne sont pas installés dans un certain confort. Xavier Niel [Rue89 lui appartient en partie, indirectement, à titre personnel, ndlr] par exemple a été souvent cité comme un trublion. Les sites « over-the-top » [qui passent par dessus les réseaux, comme Netflix] sont perçus comme des barbares.

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On n’a pas beaucoup entendu l’Arcep sur le projet de loi sur le renseignement, qui menace pourtant la confiance dans le numérique. Pourquoi ?
Je reste dans mon couloir. Nous, l’Arcep, ne sommes pas le gardien des libertés. Il y a des autorités dont c’est la mission, comme le médiateur des droits, le CSA pour la liberté d’expression, la Cnil. Notre boulot est technico-économique.

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Source extrait : Rue89nouvelobs.com  – Delphine Cuny – 24 juin 2015

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