Les résultats d’Orange pour l’année 2018 ont été annoncés le 21 février dernier. C’est le même support qui a été utilisé par le Directeur financier d’Orange pour les présenter au Conseil de Surveillance du fonds Orange Actions le 28 février. On peut se féliciter que les personnels actionnaires soient désormais considérés comme des investisseurs chez Orange.

Les objectifs annoncés ont été atteints…

Croissance du chiffre d’affaires, de la marge d’EBITDA (Chiffre d’affaires – Achats – Charges de personnel – Autres charges externes, hors investissements), du cash-flow opérationnel : tout ce qui avait été promis aux marchés financiers a été tenu.

Le nombre de clients augmente, tiré en Europe par la Fibre et les offres convergentes. Si l’Espagne fait moins qu’attendu, restant malgré tout en tête des ventes Fibre et convergence, les opérations en Pologne redeviennent rentables, pour la 1ère fois en 12 ans, là aussi grâce aux offres convergentes.

En France, nous maintenons nos ventes en dépit d’une forte pression concurrentielles (offres ADSL pour 15€ à vie chez SFR, forfaits mobiles à 5€ ou moins), qui met les équipes en tension.

Orange Bank a tenu ses objectifs d’ouvertures de comptes avec 248 000 clients en fin d’année. En Afrique et au Moyen-Orient, Orange Money est devenu rentable tout en continuant d’attirer de nouveaux clients (15 millions de clients actifs fin 2018), et pèse cette année 1/6ème de notre croissance globale. Les services financiers constituent donc un relais de croissance plausible, à condition de leur laisser le temps de dégager de la marge.

… mais ce sont surtout les économies réalisées qui font la marge…

Le plan « Explore 2020 » est en avance sur les objectifs, avec 3,5 milliards d’euros d’économies cumulées entre 2015 et 2018, essentiellement portées par les réseaux (économies « terrain » et partages de réseaux), et le basculement vers la transaction en ligne, tant pour les ventes (26% des ventes en France sont réalisées en ligne) que pour la relation clients (52% des transactions sont réalisées en ligne à l’échelle européenne). Notons que la France réalise à elle seule 37% des économies du plan.

Côté personnels, les effectifs continuent de baisser (2 100 équivalents temps plein de moins dans les effectifs internationaux en 2018). Les charges de personnel baissent de 154 millions d’euros en France, en lien direct avec la baisse des effectifs et la modération salariale qui nous sont imposées. Le plan TPS constitue cette année une charge de 773 millions d’euros dans les comptes de l’entreprise. Au global, et le Directeur financier l’a reconnu, nous sommes de moins en moins nombreux, pour nous occuper d’un nombre croissant de clients.

… et les actionnaires qui en profitent, avec des dividendes supérieurs aux bénéfices…

Comme dénoncé dans notre communiqué, le dividende distribué au titre de l’exercice 2018 est de 0,70€ par action (0,65 en 2017), tandis que le bénéfice net par action ne ressort qu’à 0,63€. C’est la 2ème année consécutive d’une politique d’appauvrissement de l’entreprise avec des dividendes supérieurs aux bénéfices, et il est à craindre que l’exercice 2019 ne suive la même pente catastrophique : le maintien du dividende à 0,70€ a d’ores et déjà été annoncé, sans que les perspectives de croissance du CA et de la marge ne s’améliorent substantiellement.

… favorisant l’accroissement de la dette, le besoin en investissement restant soutenu.

En 2018, la dette passe de 23,8 à 25,4 milliards d’euros (hors dette perpétuelle de 6 milliards) soit une hausse de 1,6 milliards, limitant la marge de manœuvre d’Orange à faire de la croissance externe et fragilisant l’entreprise en augmentant sa dépendance aux marchés financiers.

Si 2018 a été annoncée comme le pic d’investissement, ce ne sera vrai qu’à l’échelle internationale. En France particulièrement, les déploiements de la Fibre, mais aussi de la 4G, en lien avec les engagements pris par Orange dans le cadre du « New Deal », continueront d’être très soutenus. Quant à la 5G, il se confirme qu’elle prendra du retard en Europe, comparativement à l’Asie et au continent Nord-Américain qui en sont déjà aux lancements d’offres, alors que nous n’engageons que des tests.

Perspectives mitigées

L’EBITDA est annoncé en « hausse modérée » pour 2019, avec une légère baisse des investissements globaux, tandis que nos relais de croissance ne dégageront pas de profits suffisants pour améliorer l’activité opérationnelle. Orange Bank sera encore loin de sa vitesse de croisière. La croissance ralentit en Afrique et au Moyen Orient, et cette zone ne pèse que 11% du CA et à peine 14% de l’EBITDA. Quant au marché « Entreprises », sur lequel ont eu lieu nos plus récentes acquisitions, il reste à la peine en raison de la profonde transformation du modèle économique : en basculant de la voix + data vers le service, il faut réaliser trois fois plus de CA pour dégager la même marge.

Notre politique d’investissement dans les nouveaux réseaux est indispensable pour soutenir notre activité « cœur de métier », et les investisseurs eux-mêmes l’admettent. Mais en Europe, le marché est fragmenté, les acteurs très nombreux, et la régulation, particulièrement contraignante, interdit toute perspective de consolidation pour le moment, préférant toujours privilégier une concurrence de plus en plus insoutenable. Les investisseurs se détournent donc du secteur des télécoms. Seuls des investissements conséquents dans une diversification prometteuse pourraient les faire changer d’avis. La Direction se contente de verser un dividende généreux, pour améliorer le rendement de l’action dont le cours stagne.

Tant que notre politique reste pilotée par les enjeux financiers de court terme, sans que les orientations européennes et la régulation ne changent, nous sommes loin d’en avoir terminé avec les plans d’économie… et les dividendes asphyxiants !


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