orange exe dividendes 500

Les résultats présentés le 26 octobre, dans l’ensemble conformes aux objectifs du plan « Lead The Future », semblent avoir satisfait les investisseurs : le cours de l’action Orange est remonté autour de 11€, alors qu’il avait chuté, jusqu’à moins de 10€, juste après les résultats du T2.

Cependant, le plan stratégique n’exprime qu’une soumission aux marchés financiers, avec pour seul objectif la rentabilité à court terme. Alors que le cycle d’innovation sur les infrastructures arrive à son terme dans les pays matures, tous les projets d’expansion ou de diversification ont été abandonnés au profit d’un recentrage drastique sur les activités « cœur de métier », reposant sur 5 priorités annoncées :

  • Hausses tarifaires (pour servir la stratégie valeur) en maintenant un taux de désabonnement (churn ou taux d’attrition) acceptable ;
  • Plan de réduction des coûts ;
  • Ralentissement des investissements : forte baisse des eCAPEX, à -7% ;
  • Augmentation du cash-flow organique : 3,5 Mds€ sur 2023 (objectif 4 Mds€ en 2025) ;
  • Hausse du dividende à 0,72€ dès 2024 (actuellement à 0,70€, ce qui est déjà trop pour permettre à Orange de se constituer un « trésor de guerre » pour se redéployer dans le futur).

Une analyse centrée sur une vision opérationnelle soulève de nombreuses questions pour le futur d’Orange et de ses personnels, relevées dans le communiqué de la CFE-CGC Orange et de l’ADEAS.

La France toujours en difficulté

En France, la Direction se préoccupe surtout de diminuer sa masse salariale (actuellement, la pression porte plus particulièrement sur Orange Business, mais toutes les réorganisations récentes, comme celle de la Distribution, recèlent un objectif plus ou moins avoué de baisse des effectifs) pour améliorer la marge d’EBITDAal.

Le chiffre d’affaire est en baisse (-0,5%, bien plus si on tient compte de l’inflation), toujours plombé par une baisse de 7,5% des services aux opérateurs (wholesale), malgré les augmentations tarifaires et une progression des ventes de détail.

Les résultats commerciaux s’améliorent par rapport au T2, mais, dans un marché en légère croissance, Orange continue de perdre des abonnés au Haut Débit Fixe (- 31 000 ventes nettes au T3 / – 55 000 au T2), toutes les résiliations ADSL n’étant pas transformées en abonnements Fibre. Sur le mobile, l’accélération est plus sensible (83 000 nouveaux contrats au T3 / 29 000 au T2), mais Bouygues Telecom continue de nous devancer avec 108 000 ventes mobiles sur la même période, tandis que notre taux d’attrition, à 11,9%, augmente d’un point. Nous payons le prix de la réduction de notre réseau de boutiques et de la faiblesse des outils SI.

Seule bonne nouvelle : tous les acteurs étant confrontés à la nécessité de restaurer leurs marges dans un contexte inflationniste, la guerre des prix connaît un armistice.

Dans le reste de l’Europe, la croissance du CA de détail, autour de 2%, très largement en dessous de l’inflation locale, est en repli par rapport au T2.

Espagne : Zegona sème la zizanie… ou au moins le doute

Le risque d’échec du projet de fusion Orange Spain / MásMóvil persiste, en dépit des assurances affichées par la Direction d’Orange, qui attend un bouclage de l’opération d’ici fin 2023.

En effet, les remèdes demandés par la Commission européenne (CE) pourraient s’avérer douloureux :  il s’agirait de céder une partie des fréquences mobiles détenues par Orange Spain et MásMóvil à DIGI (le MVNO roumain, devenu 4ème opérateur en Belgique et récemment implanté en Espagne), afin qu’il puisse y construire un 4ème réseau mobile. Lors du rachat de Jazztel par le Groupe, ces mesures avaient favorisé l’émergence de… MásMóvil, anéantissant finalement les succès d’Orange Spain.

Alors qu’une telle cession de fréquences se profile, MásMóvil se prépare à les utiliser pour déployer la 5G en zone rurale dans les 50 provinces espagnoles, à la surprise de tous les acteurs.  

Dans le même temps, Zegona, le fonds d’investissement qui rachète Vodafone Spain pour 5 Mds €, indique être prêt à racheter aussi MásMóvil. Les deux entreprises étant 100% espagnoles, il « suffirait » d’un accord des autorités de régulation du pays, moins rigides que la CE concernant les fusions. Zegona s’annonce également prêt à travailler avec DIGI, ce qui permettrait à ce dernier de tirer pleinement avantage des fréquences qu’il récupèrerait si le deal entre Orange et MásMóvil se concrétise.

On ne sait pas qui sortira gagnant de ce poker menteur, ni si la partie sera vraiment jouée d’ici Noël.

Pendant ce temps, le CA de détail d’Orange Spain augmente un peu plus vite qu’en France (on partait de plus bas), mais la décroissance du CA wholesale est de même niveau (-7%).

Orange Business : pendant la restructuration, les ventes continuent

Les services IT&SI soutiennent la croissance du CA, en particulier la cyberdéfense (+13%) et les services d’intégration (+10%), mais les ventes de connectivité fixe et mobile continuent de décroître. Au final, le CA stagne à +0,6% (ne parlons pas des marges, l’EBITDAal n’est pas détaillé par segment lors des résultats trimestriels, mais on sait qu’il est nettement moins bon sur les services IT&SI que sur nos activités historiques).

Toujours sans plan stratégique, la Direction d’OB focalise son énergie sur un plan social … visant à délocaliser une partie des activités. C’est tout dire.

Afrique et Moyen Orient : locomotive du Groupe

À part les ventes d’équipements qui baissent de 1,5%, toutes les activités sont en croissance à deux chiffres, y/c les services aux opérateurs, particulièrement notable sur 4 « moteurs » :

  • Data mobile (+17,8%),
  • Haut-débit fixe (+17%),
  • B2B (+20,3%),
  • Orange Money + 28,2% (un record de croissance).

On peut s’en réjouir. Mais la croissance du CA du Groupe dépend désormais quasi-exclusivement de cette zone géographique. Notons que la diversification dans les services financiers, après un trou d’air, est un véritable succès.

 Extrait de la Lettre de l’Épargne et de l’Actionnariat #3/2023 


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