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Selon un document auquel Le Monde a eu accès, l’opérateur France Télécom-Orange est un acteur essentiel du renseignement français.

Sébastien Crozier, président du syndicat CFE-CGC de France Télécom-Orange, répond à nos questions.

France Télécom-Orange permet-il aux services secrets d’accéder aux données de ses clients hors cadre légal ?

Les opérateurs du monde entier reçoivent quotidiennement des demandes d’interceptions judiciaires. Il existe aussi des recueils d’informations qui visent à absorber en masse des données qui transitent sur les réseaux. En France, les procédures sont précises et connues. Le recueil massif de données par les Etats, lui, n’obéit à aucune loi. Les opérateurs, quelle que soit leur taille, n’ont pas les moyens de résister. Etre opérateur, c’est bien plus qu’on ne le croit une fonction de souveraineté nationale. Et ce, dans tous les pays.

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Comment est vécue, par le personnel de France Télécom, cette sujétion aux services secrets ?

C’est invisible pour les centaines de milliers de personnels qui travaillent chez les opérateurs. Cette problématique n’est pas appréhendée. Chez chaque opérateur, les équipes qui font le lien avec les différents services de l’Etat sont très réduites.

Le rôle des opérateurs dans le système de surveillance semble essentiel. Peut-il en être autrement ?

Assurément, il y a quelque chose qui ne durera pas et qui repose sur une doctrine américaine qui impose de tout intercepter au motif qu’un jour cela peut servir. Cette doctrine influence beaucoup d’Etats européens. Cette captation de données en masse, que l’on appelle parfois le « big data », n’est pas une garantie en termes d’efficacité.

Elle ne sert souvent à rien. Les politiques semblent avoir perdu le pouvoir sur les machines, et ceux qui les contrôlent ne savent pas quoi en faire. La désertion du politique face à ces problématiques opposant souveraineté et libertés est sans doute liée à une question de génération. Ces politiques n’en sont ni utilisateurs ni familiers et, à cause de cela, ont perdu le pouvoir face aux ingénieurs.

Source extrait : Le Monde – 26.03.2014 à 16h17  – Jacques Follorou

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