L’été 2009 a été particulièrement douloureux : plusieurs salariés de France Télécom se sont suicidés.

Le premier de ces drames se déroule à Marseille le 14 juillet. Dans une lettre, le cadre qui met fin à ses jours avait dénoncé sa « surcharge de travail » et un « management par la terreur ». Le deuxième suicide a lieu à Quimper, le 31 juillet, un troisième à Draguignan. Un dernier intervient à Besançon le 11 août : Nicolas, célibataire sans enfant de 28 ans, exerçait comme technicien télécoms. Enfin, Stéphanie, 32 ans, se défenestre à Médéric (Paris 17e). Dans une entreprise largement « senior », le jeune âge relatif de ces salariés accroît l’émotion des personnels.

Situation individuelle ?

Pendant les deux mois d’été, l’Observatoire du stress et des mobilités forcées a recensé, outre ces cinq décès, six nouvelles tentatives de suicide. 23 salariés ont mis un terme à leur existence depuis février 2008. Une macabre énumération qui ne prend pas en compte les nombreux salariés éloignés de l’entreprise pour raison de « longue maladie », terme pudique qui masque le plus souvent de profondes dépressions !

Dès la mi-juillet, les six organisations syndicales du groupe demandent, par lettre publique, une audience d’urgence au PDG Didier Lombard. Fin août, notre lettre restait sans réponse ni même accusé de réception. Chez les personnels, la tension est réelle : trente mille suppressions d’emploi ont été enregistrées depuis début 2006, et se sont déroulées sans aucun accord conventionnel, sans plan d’accompagnement. Les deux dernières négociations obligatoires triennales, dites de « Gestion prévisionnelle de l’emploi et de des compétences » (GPEC) ont échoué, fautes de propositions correctes de la part de la Direction.

Enfin, le 24 août, la DRH groupe recevait les organisations, le PDG présent dans les murs s’y refusant.

La Direction aux abonnés absents

Après avoir vainement évoqué une «coresponsabilité» entreprisesyndicats dans cette vague des suicides, la direction propose enfin quelques ouvertures. Elle accepte une négociation sur la «déclinaison» à France- Télécom de l’accord de branche interprofessionnel sur le Stress dans les Télécoms. Elle concède le principe de «négociations locales» avec les organisations syndicales en cas de restructurations. Elle souhaite renforcer l’embauche de médecins de travail et d’assistantes sociales et densifier un tissu de personnels RH dit «de proximité».

Mais la direction de l’entreprise se refuse à remettre en cause son modèle de management, de reconnaître un lien concret entre les restructurations en cours, sa politique de management (cf. article time to move) et la souffrance au travail.

Toutefois, la politique de déni de la direction semble connaître ses limites. L’accumulation des morts n’est, avec les démissions, les congés longue maladie, les « pétages de plomb » et la montée vertigineuse de l’absentéisme que l’un des indices qui montrent que la maison France Télécom va mal.

Une grande partie du personnel n’adhère plus à la politique conduite par l’entreprise. Les valeurs républicaines qui les ont conduits à s’investir pour faire de France Télécom un opérateur de qualité ont disparu. Pour les plus âgés, la CFE-CGC/UNSA demande à ce qu’ils puissent partir dignement en préretraite.

La communication de l’entreprise est inquiétante. Elle entend faire supporter au management de nouvelles contraintes pour prévenir les risques psycho sociaux. Ce n’est pas les RH ou les médecins qui n’arriveront au comptegoutte dans quelques mois qui régleront les problèmes. Et demain lors d’un nouveau suicide, qui mettra-t-on en accusation ? Le manager qui n’aura pas su éviter le geste fatal ?

Il est temps d’arrêter les dégâts !

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