Le dossier
Une eau est potable si elle peut être consommée sans porter atteinte à la santé à court ou moyen terme. Elle doit respecter des valeurs de référence.
Un Danger Grave et Imminent (DGI) avait été lancé le 2 octobre 2025 sur le site de Lannion Marzin pour suspicion d’eau non consommable. L’entreprise a alors lancé une analyse qui a révélé une non-conformité des taux de fer, nitrite et azote ammoniacal sur certaines fontaines. Toutes les fontaines à eau sont alors fermées et remplacées par des bonbonnes à eau.
Une expertise pour risque grave a été votée le 25 mars 2026. Menée par le cabinet APTEIS, elle visait plusieurs axes : l’analyse des risques liés à la présence de certaines substances dans l’eau, la recherche des causes de la présence de ces substances, et la façon dont l’entreprise a informé les salariés concernés et géré l’alerte.
Le périmètre de la contamination se limite au canalisations (qui datent des années 60) du réseau interne de l’alimentation du site Marzin. Mais un nombre extrêmement restreint de mesures, contrairement au réseau public fréquemment soumis à des vérifications, empêche de déterminer précisément les risques liés à la consommation régulière.
D’autre part, les relevés ont été faits en amont des fontaines. Les concentrations post fontaines sont donc à relativiser.
Un gros tirage d’eau favorise son renouvellement et empêche l’apparition des nitrites. Il est certain que l’utilisation des fontaines par peu de personnels générait un sous-tirage favorisant le développement de nitrites. Nous rappelons que des signalisations avaient été faites par les personnels et leurs représentants depuis 2015.
Vinci Facility, « facility manager » d’Orange, sous-traite à Ellis les changements des filtres chaque trimestre. Des changements plus rapprochés des filtres auraient permis de pallier en grande partie la vétusté du réseau.
Trop de fer dans l’eau se repère par un changement de l’odeur, du goût et de la couleur de l’eau Les non-conformités en fer ne présenteraient pas de danger pour la santé avec les concentrations relevées.
Quant aux nitrites et à l’azote ammoniacal, l’impact sur la santé dépend du poids de l’individu concerné et de son exposition à d’autres modalités d’ingestion (alimentation etc …). Seul un suivi médical individualisé permettrait d’anticiper tout éventuel surdosage.
Le médecin du travail valide la nécessité de mettre en place un suivi tracé de l’exposition et un dépistage du cancer colorectal pris en charge par l’entreprise. Il demande le traçage au DUERP des risques liés aux expositions de polluants de l’eau sur ce site.
Analyse de la CFE-CGC Orange
Des mesures fréquentes auraient permis de repérer les changements de valeurs, et auraient sécurisé la potabilité de l’eau.
Les salariés du site ont fait des signalisations depuis plus de 10 ans. Il est donc dommageable que la prévention n’ait pas été anticipée. La prévention centralisée par direction métier serait-elle un frein aux actions terrain ?
Des quantités de fer trop importantes ont été repérées dans plusieurs fontaines du site. Le site Marzin datant des années 60, le réseau est vétuste, sans travaux d’ampleur pour réparer les éventuels dysfonctionnements. Or des dépôts de fer peuvent abîmer les canalisations.
L’entreprise n’a pas de protocole de vérification de la qualité de l’eau. La fréquence contractuelle de changement des kits de filtration des fontaines n’est pas respectée : elle n’est pas faite chaque trimestre, mais chaque semestre.
FER : la mesure effectuée indique un taux de 2,252 mg/L, soit dix fois plus que la norme. Le fer n’est pas très bien absorbé par l’organisme, mais même en grosse quantité, pas de risques pour la santé.
AMONIUM : la mesure effectuée indique un taux 4 fois plus important que la limite en amont et en aval des fontaines.
NITRITES : la mesure effectuée indique un taux six fois plus important que la limite en amont et en aval des fontaines. L’entreprise n’aurait pas dû installer une petite équipe en bout de circuit. Si l’exposition aux nitrites est répétée et prolongée, elle est susceptible d’induire la formation de composés nitrosés, dont certains sont instables, et dont certains pourraient être cancérogènes. L’ANSES associe le risque entre ingestion de nitrites et risque de cancer colorectal. La dose journalière admissible (DJA), 0,07 mg/kg de poids/jour, est la quantité d’une substance qu’une personne peut ingérer sans risque. A Lannion, les experts ont cherché le degré d’exposition des salariés. Or, personne ne sait quand les fontaines ont été raccordées au réseau. Il n’est donc pas possible de définir avec certitude la durée d’exposition au risque. Quant à la fontaine contaminée, personne ne sait exactement quand elle a été installée. Concernant la population exposée, les experts ont cherché qui a occupé le bâtiment, avant les TSP, mais on ne sait ni qui a pu boire cette eau, ni pendant combien de temps. Concernant la fréquence et l’intensité de l’ingestion de nitrites, personne ne sait rien puisque seules 2 mesures ont été faites. L’évaluation du risque est donc incomplète pour toutes ces raisons.
Concernant les nitrites, quelques repères peuvent cependant être donnés : il faut calculer la quantité ingérable de nitrites par jour en fonction de la quantité d’eau consommée au travail. A partir d’un litre/jour, on peut atteindre 50% des limites, en fonction du poids du salarié. Mais d’autres sources d’apport en nitrites sont possibles, telles que la charcuterie, … Cette exposition aux nitrites sur le site de Marzin a augmenté la quantité de nitrites personnelle « autorisée » dans les normes.
Conclusion : les 5 TSP sont ceux qui ont consommé le plus d’eau contaminée. La durée probable d’exposition est de six ans, de janvier 2019 à novembre 2025. Il est établi que les salariés ont été exposés à des substances dangereuses et des concentrations au-delà des seuils autorisés. Cette situation justifie un suivi particulier pris en charge par l’entreprise dès maintenant et toute la vie de ces salariés, même à leur retraite.
