Orange souhaite créer une coentreprise, baptisée DC Co, avec l’investisseur Morrison, afin de développer son activité de Data Centers en France (centre de données (plus communément appelé Data Centers) est un bâtiment (ou un ensemble de bâtiments) dans lequel sont hébergés des équipements informatiques permettant principalement de transférer, traiter et stocker des données. Le projet répond à la croissance des besoins liés au cloud, à l’intelligence artificielle et à l’hébergement de données, ainsi qu’aux enjeux de souveraineté et de sécurité numériques.
Orange apporterait à DC Co cinq Data Centers répartis sur quatre sites : Val-de-Reuil, Chartres, Chevilly-Larue et Aubervilliers. La capacité actuelle, estimée à environ 18 MW IT, pourrait atteindre près de 240 MW IT, pour une capacité électrique totale d’environ 400 MW à terme. Le programme représenterait près de 3 milliards d’euros d’investissements d’ici 2035, notamment pour construire de nouveaux bâtiments à Val-de-Reuil et Chartres et moderniser certains sites existants.
La future société aurait pour objectif de répondre en priorité aux besoins d’Orange, tout en commercialisant ses capacités auprès de clients externes. Orange conserverait un rôle important dans la gouvernance, avec un conseil d’administration composé à parité avec Morrison et des droits de veto sur certaines décisions stratégiques. Un contrat de services doit également garantir à Orange la continuité, la sécurité et la résilience de ses infrastructures.
Le projet prévoit une organisation autonome regroupant les compétences nécessaires à l’exploitation, à la maintenance, à l’ingénierie, à la cybersécurité, au développement commercial et aux fonctions support. L’effectif cible de DC Co est estimé à 58 salariés, avec un minimum de 43 postes nécessaires à la continuité de l’exploitation.
Le transfert des salariés concernés serait réalisé sur la base du volontariat. Les 43 salariés identifiés pourraient rejoindre DC Co avec une reprise de leur ancienneté, une dispense de période d’essai, un accompagnement financier et un droit de retour de trois ans au sein d’Orange. Les fonctionnaires seraient placés en disponibilité et recrutés en CDI par DC Co.
Les salariés qui ne souhaiteraient pas rejoindre la coentreprise bénéficieraient d’un dispositif de repositionnement au sein du Groupe avec un accompagnement, des entretiens individuels, des propositions de postes et, si nécessaire, des formations ou un accompagnement spécifique.
La DC Co relèverait de la convention collective BETIC et appliquerait un statut social distinct de celui d’Orange. Plusieurs éléments restent à préciser, notamment les modalités de rémunération variable, le temps de travail, les tickets restaurant, les déplacements et l’organisation de la représentation du personnel.
Le projet entraînerait également une réorganisation du domaine hébergement de la direction technique Orange France. 29 salariés hors périmètre de transfert seraient repositionnés dans la nouvelle organisation d’Orange.
La Direction a identifié plusieurs risques humains liés à la séparation des collectifs de travail, à la modification des coopérations, à la perte de repères et à l’évolution des responsabilités. Elle prévoit donc des actions de prévention, de formation, de passation des compétences et d’accompagnement managérial.
Sur le plan environnemental, le dossier prévoit des actions concernant l’efficacité énergétique, la décarbonation de l’énergie, la réduction de la consommation d’eau, la gestion des déchets, l’économie circulaire et la résilience climatique. Toutefois, compte tenu du changement d’échelle envisagé, l’impact environnemental du développement des Data Centers devra faire l’objet d’un suivi particulièrement attentif.
Orange veut changer d’échelle dans les Data Centers en s’appuyant sur un investisseur et en apportant cinq infrastructures stratégiques à une nouvelle société. Le projet présente des perspectives de développement importantes, mais il comporte également des enjeux majeurs en matière de gouvernance, d’emploi, de statut social, de souveraineté et d’environnement
Analyse de la CFE-CGC
Orange souhaite créer la DC Co, une coentreprise regroupant cinq Data Centers, avec l’entrée au capital de l’investisseur Morrison (Fondée en 1988, Morrison est un spécialiste de la gestion d’investissements en infrastructures à l’échelle mondiale, dont le siège social se situe en Nouvelle-Zélande). Orange conserverait un co-contrôle de la future société.
La CFE-CGC Orange comprend la volonté de financer le développement des Data Centers et de créer de la valeur pour le Groupe. Mais cette opération doit être évaluée sur le long terme. Demain, Orange ne serait plus propriétaire de ces infrastructures et devrait acheter à DC Co des prestations d’hébergement, d’énergie, de maintenance, de sécurité et d’exploitation.
Il est donc indispensable de vérifier que ce nouveau modèle ne provoquera pas une hausse durable des coûts pour Orange et Orange Business. La question de l’énergie est notamment essentielle : Orange doit conserver sa capacité de négociation et ne pas devoir racheter plus cher des capacités qu’elle exploite aujourd’hui directement.
Ces Data Centers hébergent des activités stratégiques pour Orange, la France et l’Europe. La sécurité, la continuité d’exploitation et la souveraineté doivent être garanties dans la durée, et pas seulement au lancement du projet. L’évolution de l’actionnariat, la stratégie de Morrison, les éventuelles augmentations de capital ou la dilution d’Orange ne doivent pas conduire à une perte progressive de l’activité.
La CFE-CGC demande également une véritable réversibilité industrielle. Une simple clause de sortie ne suffira pas si Orange ne dispose pas de solutions alternatives, de moyens financiers et de délais réalistes pour relocaliser ses infrastructures.
Enfin, plusieurs éléments du projet restent à préciser, notamment le business plan, les accords commerciaux, l’organisation cible, les conditions sociales et les recrutements.
La CFE-CGC Orange ne s’oppose pas à l’évolution du modèle. Elle demande toutefois que la création de valeur ne se traduise pas par une perte de souveraineté, une dépendance irréversible, une hausse des coûts ou une fragilisation des salariés et des activités du Groupe.
L’intégralité de l’intervention c’est par ici
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