
Dénoncé dès le départ par la CFE-CGC Orange, le projet Bartok a été présenté par la Direction d’Orange Business comme un « partenariat stratégique global » avec l’intégrateur indien Tech-Mahindra.
Il consiste à transférer plus de 3000 salariés d’Orange Business (hors France), et leurs métiers de la relation client, à un acteur externe qui devra les automatiser pour en réduire les coûts.
L’opération, pour Orange Business, est avant tout un exercice financier
Rejeté à l’unanimité par les syndicats européens d’Orange lors du Comié Groupe Europe du 3 juillet 2026, le projet est tout de même entré dans sa phase d’implémentation dans la foulée.
La direction d’Orange Business s’est engagé à garantir aux salariés transférés vers Tech-Mahindra une transition sécurisée et conforme aux législations TUPE (Transfert d’entreprises protection de l’emploi).
Les premières semaines de vie du projet révèlent en réalité des dysfonctionnements alarmants qui interrogent directement sa responsabilité : comment a-t-elle pu négliger et ignorer tant de signaux d’alertes ?
À n’en pas douter, les mécanismes de ce qui se joue aujourd’hui en Europe et ailleurs dans le monde risquent d’être employés en France demain
Des engagements non tenus
Alors qu’Orange avait présenté au Comité Groupe Europe (CGE) un transfert incluant au moins 12 mois de garantie d’emploi pour tous les salariés concernés, la réalité du terrain confirme un écart flagrant entre les promesses affichées et leur application concrète.
En Grèce, les lettres de transfert reçues omettent des points cruciaux, notamment le calcul de la rémunération en cas de licenciement – pourtant préalablement négociés.
Une supposée désorganisation interne des RH, expliquerait cette absence !
Loin d’être rassurant, cela témoigne surtout d’un manque de rigueur inacceptable dans le suivi d’un dossier aussi sensible.
En Autriche, le transfert a dû être reporté faute de documents contractuels finalisés de la part de Tech-Mahindra : cette défaillance aurait dû être anticipée !
En Roumanie, la situation serait plus grave encore : la non-application du TUPE aurait conduit à un licenciement pur et simple des salariés, suivi d’une réembauche en tant que nouveaux employés, sans les droits liés à l’ancienneté. Si confirmé, ce contournement de la protection promise constitue une atteinte directe aux droits des travailleurs concernés.
Dans le reste du monde, c’est parfois pire : en Turquie, des salariés se sont vu proposer une embauche par une société de portage salarial, en attendant Tech Mahindra.
Il fallait à tout prix sortir ces salariés des comptes d’Orange Business dans les délais annoncés, quoiqu’il en coute !
Des pratiques de pression inacceptables
Les premiers retours de nos collègues révèlent également que Tech-Mahindra aurait utilisé la garantie des 12 mois de protection comme un levier de négociation conditionnel, incitant les salariés à signer des propositions non conformes à la législation locale, et moins-disantes par rapport à leurs contrats actuels.
Une telle pratique, si elle est confirmée, s’apparente à une forme de chantage inacceptable envers des salariés en position de vulnérabilité.
Direction absente ou complice ?
Les échanges internes traduisent une défiance croissante envers la capacité – voire la volonté – de la direction d’Orange à assurer un suivi rigoureux de ce dossier.
La direction a-t-elle sciemment privilégié une gestion administrative simplifiée au détriment de la protection réelle des salariés ?
Si ce n’est le cas, cela présage de l’incapacité future d’OB de suivre dans les détails la « prestation » qu’est censé fournir Tech-Mahindra.
Pendant ce temps, à cause de ce projet, les clients menacent de partir : ils ne veulent pas être servis par Tech-Mahindra
Ne nous y trompons pas : ce que nos collègues dans le monde et en Europe vivent aujourd’hui à Bartok, sera sans doute d’être appliqué en France sans hésitation
Face à ces manquements documentés, nous demandons :
- Une enquête interne indépendante sur la gestion du projet Bartok et le respect des engagements pris lors de l’information-consultation; elle doit conduire à l’identification des responsabilités et, le cas échéant à la prise de sanctions pour les personnes ayant permis ou toléré les pratiques de pression exercées par Tech-Mahindra.
C’est un signal fort sur ce que OB s’engage à ne pas tolérer à l’avenir ;
- La régularisation immédiate des situations qui sont illégales (Grèce, Roumanie, Turquie) ;
- Un dispositif de suivi transparent, avec participation des représentants du personnel, jusqu’à la finalisation complète du transfert.
La direction d’Orange ne peut se contenter de communiqués rassurants pendant que des salariés voient leurs droits fondamentaux menacés sur le terrain.
Le projet Bartok portait en lui tous les ressorts d’une fuite en avant stratégique. Cela ne présage rien de bon pour l’avenir d’Orange Business et d’Orange.
Lucide, la CFE CGC a déjà pointé cette fuite en avant lors de sa présentation en Comité Groupe Europe.
Avant la catastrophe annoncée, il est peut-être encore temps d’arrêter cette machine à détruire Orange Business et ses salariés !
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