Les opérateurs télécoms en 4 graphiques : saison 2020

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Photo : 6689062 via Pixabay

Chaque année, nous actualisons les graphiques qui permettent d’appréhender les principaux indicateurs clefs des opérateurs de télécommunications en France.

Ces indicateurs proviennent de l’Observatoire des marchés consolidé par l’Arcep, régulateur français des télécoms. Nos graphiques, qui reprennent l’ensemble des données de l’Arcep depuis 1998, intègrent les actualisations rétroactives réalisées par l’Autorité. Nous les complétons par l’analyse des données présentées par Orange dans son document d’enregistrement universel 2020.

Ils ne concernent que le marché français, et les opérateurs de télécommunications, hors activité des autres acteurs de la filière.

Investissements en forte hausse, revenus stables, nombre d’emplois toujours à la baisse…

Se félicitant des deux principaux enseignements du millésime 2020 de son Observatoire des marchés – le nouveau record d’investissements des opérateurs et le « plus faible recul depuis dix ans » de leurs revenus –, Laure de La Raudière, présidente de l’Arcep depuis janvier, a néanmoins tapé du poing sur la table ! La cause de son courroux ? Des problèmes de qualité « inacceptables » lors des opérations de raccordement à la fibre (plus d’informations dans Capital – 26/05/2021). Entre « plats de nouilles », portes d’armoires défoncées et débranchements sauvages d’autres connexions, ce sont « 20% à 30% des raccordements qui sont en échec » ! Pour y remédier, les opérateurs et les professionnels du raccordement se sont engagés, durant le premier semestre 2021, à améliorer leurs pratiques. A suivre donc.

A travers cette critique, la présidente de l’Autorité évoque aussi en creux la problématique de l'emploi. Pourtant, l’Observatoire des marchés n’y consacre pas plus de 3 lignes, constatant, sans s’en émouvoir, que l’année 2020 a encore vu disparaître un peu plus de 3300 emplois directs dans le secteur des télécoms. Dans le même temps, chez les opérateurs, le recours à la sous-traitance s’intensifie, notamment pour le déploiement et la maintenance des réseaux. Ainsi en 2020, Orange a eu recours aux services de plus de 35 700 employés de sociétés extérieures (+6% par rapport à 2019) : cette main d’œuvre externe représente désormais près du tiers de la force de travail totale du Groupe en France ! Si elle permet aux opérateurs d’afficher des effectifs les plus bas possibles pour satisfaire les marchés financiers, la sous-traitance a de nombreux effets pervers, notamment un moindre engagement des prestataires et une difficulté à les piloter… Et cela se répercute sur la qualité de service, de façon visible désormais.

De quoi inciter les opérateurs à changer de stratégie ? C’est bien peu probable au regard de l’équation, de plus en plus complexe, qu’ils doivent résoudre : tenus d’investir pour ne pas se laisser distancer par leurs concurrents, les opérateurs se livrent, en prime, une guerre des prix qui limite la valeur globale de leur marché. Mais comme il leur faut bien garantir les dividendes de leurs actionnaires, ils n’ont d’autre choix que d’utiliser l’emploi – ou plutôt sa destruction progressive – comme une variable d’ajustement pour diminuer leurs coûts et préserver leurs résultats.

Des investissements en progression, pour la 6ème année consécutive

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14,3 milliards d’euros investis en 2020 (plus d’informations dans Le Figaro – Elsa Bembaron – 26/05/2021 et ZDNet – Pierre Benhamou – 27/05/2021) ! A la lecture brute de ce seul chiffre, la progression par rapport à 2019 – où les investissements culminaient à un peu moins de 10,7 milliards d’euros – paraît énorme. Elle est toutefois à relativiser, puisque 2,8 milliards d’euros sont liés aux enchères pour les fréquences 5G qui ont eu lieu à l’automne 2020. Les opérateurs ont cependant investi en 2020 un peu plus de 11,5 milliards d’euros pour l’amélioration de leurs réseaux (en hausse de 860 millions d’euros, soit presque autant que les progressions cumulées de 2019 et 2018) : c’est un nouveau record, le 6ème d’affilée ! De fait, après un ralentissement des déploiements lors du premier semestre 2020, du fait de la crise sanitaire, les opérateurs et leurs sous-traitants ont mis les bouchées doubles pour rattraper leur retard.

C'est le déploiement de la fibre qui a porté l'essentiel de la croissance : en 2020, les opérateurs ont consacré 8,3 milliards d'euros à leurs réseaux fixes, soit 580 millions d'euros de plus qu’en 2019. Les résultats sont au rendez-vous, avec un nombre record de 5,8 millions de prises déployées dans l'année, pour un total de 24,2 millions de locaux éligibles à la technologie FttH fin 2020. Cette tendance se poursuivra en 2021, les professionnels de la fibre prévoyant d'atteindre un pic de déploiement de 6,2 millions de prises (plus d’informations dans ZDNet – Pierre Benhamou – 12/05/2021).

Du côté du mobile, 3,2 milliards d'euros ont été investis en 2020, soit 300 millions d'euros de plus qu’en 2019, principalement dans les réseaux mobiles existants. A la fin de l’année dernière, les quatre opérateurs couvraient entre 98 et 99% de la population en 4G, et ne sont plus très loin d’atteindre les objectifs fixé par le New Deal conclu avec l’Etat en 2018. Ils peuvent désormais porter leurs efforts sur le déploiement de la 5G (plus d’informations dans ZDNet – Pierre Benhamou – 07/06/2021).

Avec 10,4 millions d’abonnements, un chiffre en croissance de 47% par rapport à 2019, la fibre représente désormais 71% des abonnements très haut-débit et 34% du parc Internet total (contre 24% en 2019). Côté mobile, l’usage de la 4G continue d’augmenter à un rythme soutenu (+5,6 millions de nouvelles cartes SIM en 2020, pour un total de 60,4 millions), et elle équipe désormais 77% des cartes SIM en circulation (contre 71% en 2019).

Des revenus qui stagnent, malgré la progression des usages

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+15% pour les appels vocaux depuis les réseaux fixes et mobiles (en augmentation pour la première fois depuis 2014), +85% de données consommées sur les réseaux fixes et +32% sur les réseaux mobiles ! Mettant à rude épreuve les réseaux des opérateurs, qui ont bien tenu le choc, les confinements ont fait exploser la consommation de services télécoms.

Mais cela ne s’est malheureusement pas répercuté sur les revenus des opérateurs : l'année dernière, le chiffre d'affaires du secteur a encore diminué, de 0,45%, à un peu moins de 35,2 milliards d'euros. Certes, c’est sa plus faible baisse depuis 10 ans. Certes, ce léger recul est à imputer à celui des revenus annexes (-5,7% par rapport à 2019), c’est-à-dire principalement les ventes d’équipements, logiquement en régression pendant les confinements. Certes, le revenu des services progresse de 0,3% en 2020, après dix années de baisse continue : +0,1% pour le fixe, là aussi après dix années d’érosion, et +0,8% pour le mobile, à un rythme cependant inférieur à celui de 2019 (+1,4%).

Mais l’étude de l’évolution des prix des services de communications électroniques de l’Arcep nous montre que les prix des services mobiles ont diminué de 1,7% en moyenne en 2020, pendant que ceux des services fixes augmentaient de 1,9%, portés par les offres à haut et très haut débit. Ainsi, si la consommation de voix et, surtout, de data est en forte augmentation, leur sous-monétisation ne permet pas aux opérateurs de créer plus de valeur : les revenus moyens par abonné stagnent pour les services Internet fixes (32,90€, contre 32,70€ en 2019), et diminuent même un peu pour le mobile (14,30€ contre 14,40€ en 2019).

D’ailleurs, l’édition 2020 de l’étude économique de la Fédération française des télécoms montre bien que, malgré un effort d’investissement sans équivalent en Europe, les prix des services télécoms français sont les plus bas observés parmi les grands pays occidentaux. Ajoutons à cela une fiscalité pénalisante, et on obtient un marché des télécoms « sous tension »…

A l’instar d’Orange, les opérateurs espèrent profiter de la 5G pour faire remonter leurs prix. Mais les bonnes résolutions d’aujourd’hui résisteront-elles aux bras de fer concurrentiels de demain ?

La destruction des emplois se poursuit inexorablement

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Depuis 2013, la diminution du nombre d’emplois directs dans le secteur des télécoms se poursuit, à raison de 3000 à 4000 postes par an. Et ce sans la moindre intervention ni de l’Arcep – alors que le Code des postes et des communications électroniques lui assigne pourtant une mission de développement de l’emploi (!) – ni de l’Etat, premier actionnaire de l’opérateur historique, Orange.

Avec un peu plus de 3300 emplois supprimés (-3,2% par rapport à 2019), le millésime 2020 n’a pas dérogé à la règle. Orange (cf. ci-après) a été l’artisan principal de cette décroissance, les autres opérateurs ayant soit augmenté soit maintenu leurs effectifs.

En continuant sur ce rythme, le secteur des télécoms passera en dessous de la barre symbolique des 100 000 salariés en 2021, alors qu’il en employait près de 155 000 au passage de l’an 2000 ! Et ce sera bien sûr le cas : Orange entend poursuivre sa politique de réduction progressive d’effectifs, tandis que SFR a engagé un plan social qui devrait le voir supprimer entre 1700 et 2000 postes dans l’année (plus d’informations dans L’Obs – 01/04/2021).

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En mars, un titre de presse évoquait une « coupe massive » dans les effectifs d’Orange en France (plus d’informations dans L’Obs – Boris Manenti – 11/03/2021). Cette information a été rapidement démentie par Stéphane Richard, P-DG de l’opérateur historique (plus d’informations dans BFM Business – 11/03/2021). De fait, la stratégie à l’œuvre depuis plusieurs années dans le Groupe est beaucoup moins voyante, mais tout aussi « efficace » : réduire les effectifs de façon « naturelle », en remplaçant moins d’une personne partant en retraite sur deux. Ainsi, en 2020, pour un peu moins de 5300 départs à la retraite, Orange a seulement recruté un peu plus de 2000 salariés. De quoi expliquer plus des 2/3 des 4800 suppressions de postes enregistrées lors de ce millésime particulièrement terrible pour l’emploi dans le Groupe. Orange ne compte désormais qu’un peu plus de 82 000 salariés en France, soit 23 000 de moins qu’avant l’arrivée de Free sur le marché du mobile.

Et cette politique va se poursuivre en 2021. Pourtant, la mobilisation sans faille des salariés durant une année 2020 très compliquée a permis au Groupe de réaliser des performances financières exceptionnelles – maintien du chiffre d’affaires, bénéfice net de plus de 5 milliards d’euros. Il a ainsi pu distribuer près de 2,4 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires. Mais la Direction d’Orange souhaite continuer à pousser ses salariés vers la sortie. Elle mise donc beaucoup sur les négociations à venir pour le renouvellement de l’accord dit « intergénérationnel » portant sur les départs à la retraite non remplacés, négligeant dans le même temps d’autres thématiques comme celle… des salaires. Ainsi, lors de la Négociation annuelle obligatoire (NAO) 2021, les « propositions indécentes » de la Direction ont amené l’ensemble des organisations syndicales à suspendre leur participation à toute négociation, « dans l’attente de propositions de mesures salariales 2021 pour tous les salariés en rapport avec les résultats financiers 2020 et l’investissement exceptionnel des salariés sur la période ».

Si 2021 a commencé sous les meilleurs auspices pour Orange, qui résiste à la crise économique, l’opérateur serait bien inspiré de remédier rapidement à la crise sociale qui le menace en France.

Economie et Réglementation des Télécoms

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