Orange 2025 : des résultats affichés comme solides mais une réalité beaucoup moins flatteuse

 

Le 19 février, le Groupe Orange a publié ses résultats financiers pour l’année 2025 en affichant une confiance sans faille. Selon la Direction, « 2025 clôt avec succès le plan stratégique Lead the Future : Orange est aujourd’hui plus simple, plus fort, plus performant ». Le récit est maîtrisé, presque triomphal. Pourtant, derrière cette communication parfaitement huilée, les chiffres racontent une histoire bien plus contrastée, parfois même inquiétante. Pour le CFE-CGC, 2025 clôt un plan stratégique sans projet industriel qui laisse Orange avec des fragilités structurelles, des tensions opérationnelles et sociales, et une position financière affaiblie par l’augmentation de sa dette.

Une croissance qui frôle la stagnation

Avec un chiffre d’affaires de 40,4 milliards d’euros, en hausse de seulement +0,9%, le Groupe Orange revendique une année solide. Le qualificatif apparaît généreux. Dans un monde où la connectivité devient un besoin primaire et où les services numériques explosent, une croissance inférieure à 1% relève davantage de la stagnation que de la performance. La Direction préfère insister sur la stabilité mais cette stabilité ressemble surtout à un plafond de verre que le Groupe ne parvient plus à briser sur ses marchés matures.

La rentabilité est en hausse …  grâce aux économies, pas grâce au marché ! L’EBITDAaL progresse de +3,8% et le cash‑flow organique bondit de +8,3%. La Direction y voit la preuve d’une efficacité opérationnelle renforcée. En réalité, cette amélioration repose essentiellement sur des plans d’économies en France et en Europe, sur des optimisations internes et une maîtrise stricte des coûts, plus que sur une dynamique commerciale.

Autrement dit : Orange gagne plus en dépensant moins, pas en vendant davantage. Une stratégie efficace à court terme mais qui ne répond pas au défi central du Groupe : renouer avec la croissance.

La France : un marché domestique qui s’effrite

C’est le point le plus sensible et celui que la communication officielle aborde avec une prudence extrême : la France recule avec un chiffre d’affaires en baisse de -2,1%. Le marché domestique, historiquement le pilier du Groupe, est désormais son principal point faible. Le chiffre d’affaires des services de détail hors RTC ne progresse que de +0,6% tandis que le budget 2025 prévoyait une croissance de +1,6% et que le plan Lead the future ambitionnait une croissance comprise entre +2% et +4%. Même la vente de terminaux mobile ne fait plus recette avec un chiffre d’affaires inférieur de 100 M€ au budget. Le contraste est saisissant : alors que la France devrait être le moteur naturel de l’innovation et de la valeur, elle devient un fardeau que les performances internationales doivent compenser.

La France fait ainsi l’objet d’un plan d’efficacité drastique mené tambour battant par la Direction. Grâce à 400 M€ d’économies réalisées sur les OPEX (soit -4%), elle parvient à afficher un EBITDAaL en croissance de +0,9%. Mais cette frénésie de la réduction des coûts engendre des tensions opérationnelles et sociales grandissantes. Et c’est sans compter l’arrivée de la réorganisation REGAIN qui rompt avec le modèle de gouvernance historique de la France en démantelant les Directions Orange et leurs Unités Opérationnelles.

Orange Business : une transformation sous contrainte

Longtemps présentée comme un relais de croissance naturel, la Division Orange Business reste enfermée dans une transformation lourde et contrainte. Le Groupe met en avant la montée en valeur du portefeuille et la focalisation sur les services numériques (intégration, cloud, cybersécurité). Mais la réalité est plus rugueuse : érosion continue des services télécoms traditionnels, concurrence frontale des hyperscalers, pression sur les marges, restructurations successives.

Orange Business illustre le dilemme stratégique du Groupe : sortir du rôle d’opérateur de tuyaux pour devenir un acteur de services numériques sans disposer de la puissance de feu des géants du secteur. Le discours parle de repositionnement stratégique, les chiffres traduisent surtout une activité en transition forcée dont l’issue demeure incertaine. Ainsi, l’EBITDAaL recule de -15,4% en 2023, de -8,4% en 2024 et encore de -6,3% en 2025, malgré la promesse du plan Lead the Future d’un retour à une croissance de l’EBITDAaL au plus tard en 2025. Une dépréciation de -332 M€ vient même alourdir le résultat net 2025 du Groupe.

L’Afrique et le Moyen‑Orient : moteur de croissance … et dépendance stratégique

La zone Afrique et Moyen‑Orient affiche une croissance à deux chiffres (+12,2% de chiffre d’affaires et +13,9% d’EBITDAaL). C’est la meilleure nouvelle de l’année pour Orange et la Direction ne s’en prive pas. Mais cette réussite pose une question stratégique majeure : le Groupe dépend de plus en plus de marchés émergents, plus dynamiques mais aussi plus volatils, exposés aux risques politiques, réglementaires et monétaires. Cette dépendance croissante est un pari assumé mais un pari risqué.

De plus, il est important de préciser que cette performance ne profite pas entièrement à Orange. En effet, les entités de la zone Afrique et Moyen‑Orient appartiennent pour partie à des actionnaires minoritaires qui se voient ainsi reverser une part croissante du bénéfice du Groupe (17,8% des dividendes en 2025). Autrement dit : la zone tire le Groupe mais pas entièrement au bénéfice d’Orange.

L’Europe sous tension, l’Espagne en consolidation défensive et source d’endettement

L’Europe n’est plus un terrain d’expansion pour Orange mais un espace à stabiliser. La zone affiche une croissance de chiffres d’affaires de +2,2% grâce à une forte augmentation des revenus IT&SI (+17,6%) liée à des opérations non récurrentes réalisées en Pologne et en Roumanie. L’EBITDAaL progresse lui de +3,2% grâce aux synergies réalisées en Belgique aux et plans d’efficacité opérationnelle.

L’acquisition de la totalité de MasOrange en Espagne (l’achat des 50% détenus par Lorca devant aboutir d’ici la fin du 1er semestre 2026) est présentée comme un pas décisif pour renforcer la position du Groupe. On peut aussi y voir un mouvement défensif : consolider un marché où la pression concurrentielle reste intense, où les marges s’érodent, et où la croissance organique est quasi inexistante.

En outre, la photographie des résultats du Groupe au 31 décembre 2025 masque la forte hausse du niveau d’endettement engendrée par cette opération capitalistique. La consolidation à venir de MasOrange engendrera certes un gain en EBITDAaL de +2,3 milliards d’euros pour le Groupe mais également un endettement supplémentaire de 13,65 milliards d’euros (4,25 milliards pour le prix d’achat + 9,4 milliards de reprise de la dette de MasOrange). Ainsi, le Groupe affiche aujourd’hui fièrement un ratio Dette nette / EBITDaAL de 1,8 tandis que la projection de la consolidation de MasOrange fait apparaître ce même ratio à hauteur de 2,44, très au-delà de la guidance fixée autour de 2,0. Avec une dette nette qui s’annonce ainsi supérieure à 36 milliards d’euros, ceci avant même l’hypothétique rachat d’une partie de SFR (qui alourdirait potentiellement la facture d’environ 5,5 milliards d’euros), le Groupe se prive de toute capacité d’acquisition sur des marchés réellement porteurs.

Un bilan 2025 loin du récit officiel

Les résultats 2025 ne sont pas catastrophiques, ils sont simplement très éloignés du discours triomphal qui les accompagne. La Direction met en avant une rentabilité renforcée et un cash‑flow solide mais peine à masquer :

  • une croissance globale anémique,
  • un recul préoccupant en France,
  • une division Orange Business en transition forcée,
  • une dépendance accrue aux marchés émergents,
  • une rentabilité tirée par les économies et non par l’expansion commerciale.

Et elle fait pour l’heure abstraction de :

  • la forte augmentation de la dette nette du Groupe,
  • l’impact social de sa politique financière et des transformations opérées.

La Direction veut convaincre qu’elle a « confiance dans l’avenir ». Pour la CFE-CGC, les chiffres invitent à une lecture très préoccupante :

  • 2023, 2024 et 2025 ressemblent moins à des années de conquête qu’à des années de gestion où l’on consolide l’existant faute de pouvoir réellement accélérer,
  • avec un plan Trust the future qui vise une croissance annuelle moyenne du chiffre d’affaires de +2% et du cashflow organique de +12%, Orange semble sengager dans une nouvelle période daustérité plutôt que dans une dynamique de reconquê

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