Les opérateurs télécoms en 4 graphiques : saison 2019

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Photo : 6689062 via Pixabay

Chaque année, nous actualisons les graphiques qui permettent d’appréhender les principaux indicateurs clefs des opérateurs de télécommunications en France.

Ces indicateurs proviennent de l’Observatoire des marchés consolidé par l’Arcep, régulateur français des télécoms. Nos graphiques, qui reprennent l’ensemble des données de l’Arcep depuis 1998, intègrent les actualisations rétroactives réalisées par l’Autorité. Nous les complétons par l’analyse des données présentées par Orange dans son document d’enregistrement universel 2019.

Ils ne concernent que le marché français, et les opérateurs de télécommunications, hors activité des autres acteurs de la filière.

Un millésime record pour les investissements… et les suppressions d’emploi !

« C'est vraiment un chiffre historique », s’est félicité le Président de l’Arcep, pour évoquer les 10,4 milliards d’euros investis par les opérateurs en 2019 dans l’amélioration de leurs réseaux. Et Sébastien Soriano d’évoquer « une tendance de fond », une « vague » qui « a monté progressivement depuis 2015 », avec 48% de croissance en cinq ans, chaque millésime battant le record du précédent. Le président du gendarme des télécoms entend désormais « maintenir dans le long terme cette barre des 10 milliards d'euros d'investissement par an » (plus d’informations dans BFM Business – Thomas Leroy – 16/06/2020).

Pour cela, il continuera à manier la carotte et – surtout – le bâton, dans le cadre de sa fameuse « doctrine pro-investissement », et de son cercle vertueux :

Concurrence -> Investissement -> Innovation et Qualité de Service -> Monétisation.

Sauf que la monétisation n’est pas au rendez-vous, en tout cas pas de façon proportionnelle aux investissements consentis par les opérateurs, dont les revenus sont orientés à la baisse (-1%) pour la 9ème année consécutive !

De quoi inciter ces derniers à utiliser plus que jamais l’emploi – ou plutôt sa destruction progressive – comme une variable d’ajustement pour garantir les dividendes de leurs actionnaires : pour trouver plus de suppressions d’emplois (près de 4500) dans le secteur des télécoms que durant ce millésime 2019, il faut remonter à 2006 ! Au total, depuis le lancement des offres de Free Mobile sur le marché français en 2012, près de 20% des emplois ont disparu ! L’Autorité n’en a cure, consacrant 3 lignes à cette thématique dans son Observatoire, alors que le Code des postes et des communications électroniques lui assigne pourtant une mission de développement de l’emploi. C’est pourquoi nous lui suggérons une remise à jour de son cercle, pas si vertueux :

Concurrence -> Investissement -> Innovation et Qualité de Service -> Monétisation insuffisante -> Licenciements

Un niveau d’investissement record… en attendant la 5G

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En dépensant 10,4 milliards d’euros pour l’amélioration de leurs réseaux en 2019 (+500 millions par rapport à 2018), les opérateurs ont donc établi un nouveau record d’investissement, loin devant le trompe-l’œil de 2015, dont le montant avait, comme en 2012, été gonflé par les achats de fréquences mobiles. Notons d’ailleurs au passage que ce montant – équivalent à près de 30% des revenus cumulés des opérateurs – n’intègre pas les 1,4 milliards d'euros qu’ils se sont déjà engagés à payer au titre des enchères 5G.

Les investissements liés à l’activité fixe (7,8 milliards d’euros, +660 millions) ont porté la croissance, avec notamment une progression inédite dans le déploiement de la fibre optique (+4,8 millions de prises, pour un total de 18,5 millions à fin 2019). L’année 2020 partait d’ailleurs sur la même dynamique, avant que la crise sanitaire vienne mettre à mal les ambitions des opérateurs : 4,3 millions de nouvelles prises sont attendues dans l’année au lieu des 5,3 initialement prévues (plus d’informations dans ZDNet – Pierre Benhamou – 16/06/2020). Une fois n’est pas coutume, le président de l’Arcep a promis de se montrer souple avec ces retards, concédant que « le fixe est un chantier de longue haleine et notre ambition sera d'opérer un retour à la normale le plus rapidement possible » (plus d’informations dans ZDNet – Pierre Benhamou – 17/06/2020).

Il devrait faire preuve de moins de mansuétude en ce qui concerne le mobile, dont les investissements ont confirmé la tendance à la baisse amorcée en 2018 (2,6 milliards d’euros, -150 millions). Cette dernière semble principalement due à l'augmentation des mutualisations de sites 4G, qui permet aux opérateurs d’abaisser leurs coûts fixes. Quoi qu’il en soit, malgré la crise sanitaire, le régulateur a déjà prévenu qu’il n’accepterait pas « n’importe quel retard et n’importe quel motif » pour le déploiement de la 4G (plus d’informations dans Public Sénat – Cécile Sixou – 23/04/2020), et serait attentif au respect du New Deal mobile conclu avec les opérateurs début 2018.

Avec 7,1 millions d’abonnements, un chiffre en croissance de 47% par rapport à 2018, la fibre représente désormais 27,7% du parc des abonnements à Internet (contre 20,9% en 2018). Côté mobile, la croissance de la 4G reste bien réelle (+7,1 millions de nouvelles cartes SIM en 2019 contre 6,1 millions en 2018), de sorte qu’elle équipe désormais 71% des cartes SIM en circulation (contre 63% en 2018).

En dépit des investissements, les revenus des opérateurs diminuent

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Si les investissements dans le réseau contribuent au développement de l’équipement et des usages, il n’en est malheureusement pas de même pour les revenus des opérateurs, toujours en baisse, de 1% en 2019 à 35,2 milliards d’euros. Certes, les revenus liés aux services mobiles sont en progression (+1,5%) pour la deuxième année consécutive, mais celle-ci ne suffit pas à compenser le recul observé sur le fixe (-2,3%).

« Pour être un peu plus positif », Sébastien Soriano constate que « les prix, qui avaient baissé fortement en 2018, se sont plutôt stabilisés »… Il est vrai que l’édition 2019 de l’étude de l’Arcep sur l’évolution des prix des services de communications électroniques fait apparaître, par rapport à 2018, une croissance moyenne des prix de 0,3% sur les services mobiles et de 1,1% sur les services fixes. On attendra toutefois que cette tendance se confirme sur quelques années avant de crier victoire, et d’affirmer que les opérateurs ont « arrêté le jeu de massacre qui consistait à faire des baisses de prix pour faire trébucher l’autre ». Rappelons au président de l’Autorité que son obsession de la concurrence a largement contribué à mettre en place ce « jeu de massacre »…

De fait, comme le montre l’étude annuelle sur l’économie des télécoms réalisée par Arthur D. Little pour la Fédération Française des Télécoms, le marché a été fortement dévalorisé depuis le début de la décennie, par rapport à d’autres secteurs régulés comme les services postaux, l’énergie ou les transports publics. Ainsi, alors que la croissance de la consommation de données mobiles reste importante (+44% en 2019), elle n’est pas monétisée à sa juste valeur, et les revenus moyens par abonné stagnent (14,40€ sur le mobile, comme en 2018) – ils sont même en diminution pour les services Internet fixes (32,70€ contre 33,30€ en 2018).

La crise sanitaire dans laquelle nous a plongés le coronavirus est évidemment peu susceptible de provoquer une amélioration sensible des revenus des opérateurs en 2020 : les chiffres publiés par l’Arcep pour le 1er trimestre font d’ailleurs apparaitre une baisse de 0,1%.

4500 emplois supprimés en 2019 : le pire total depuis 2006 !

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Depuis 2013, la diminution du nombre d’emplois dans le secteur des télécoms se poursuit, à raison de 3000 à 4000 postes supprimés par an. Et ce dans l’indifférence la plus complète de l’Arcep et de l’Etat, pourtant premier actionnaire de l’opérateur historique, Orange. Ainsi, la demande de la CFE-CGC Orange d’intégrer aux règles d'attribution des licences 5G des critères de développement de l’emploi en France est restée lettre morte.

En 2019, ce mouvement de destruction s’est même accéléré, avec plus de 4500 emplois directs supprimés par les opérateurs (-4,1% par rapport à 2018). En continuant sur ce rythme, le secteur des télécoms devrait employer à peine plus de 100 000 personnes fin 2020, contre près de 155 000 au passage de l’an 2000 !

L’équation, toujours la même, est désormais bien connue :

Baisse des revenus due à la concurrence
+ Coûts fixes importants liés aux nécessaires investissements dans les infrastructures
+ Exigence de dividendes élevés de la part des actionnaires
= Politique de diminution des coûts = Suppressions de postes !

Et parallèlement, la sous-traitance ne cesse de croître, à l’instar de ce que fait Orange.

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Orange a accompagné cette tendance à la baisse, l’impulsant même, en tant qu’opérateur historique. Ainsi, en 2019, le Groupe a supprimé près de 4650 postes en France (-5% par rapport à 2018) ! Il compte désormais un peu plus de 87 000 employés dans l’Hexagone, soit 18 000 de moins qu’avant l’arrivée de Free sur le marché du mobile.

La plus grande part de cette réduction des effectifs se fait de façon « naturelle », en ne remplaçant qu’une personne partant en retraite sur deux (2973 recrutements externes en 2019 contre 5705 départs à la retraite).

Et dans le même temps, le recours à la sous-traitance s’intensifie, notamment pour le déploiement et la maintenance des réseaux et pour le service client. En 2019, Orange a ainsi dépensé près de 2,75 milliards d’euros (contre 2,5 milliards en 2018) pour recourir aux services de plus de 34 000 employés de sociétés extérieures (contre plus de 31 000 en 2018, +9,5%) !

Permettant aux opérateurs d’afficher les effectifs les plus bas possibles pour satisfaire les marchés financiers, la sous-traitance leur donne, sans contrainte, plus de « flexibilité ». Mais les effets pervers sont nombreux, de la perte de compétences en interne, à la distension des liens avec les clients, en passant par un moindre engagement de ces prestataires, par ailleurs plus difficiles à piloter que les salariés. Ces effets cumulés restent encore peu visibles, au-delà des « pratiques de cochons » dans les déploiements de réseaux dénoncées par le régulateur (plus d’informations dans Capital – 16/06/2020). Il faudra, hélas, attendre un peu avant d’en payer les pots cassés et, peut-être, changer de stratégie.

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