CFE-CGC Orange
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C’est début juillet 2015 que l’entreprise invitait les organisations syndicales à une nouvelle table de négociation afin de leur proposer l’élaboration d’un « Accord Digital ». Depuis les tractations perdurent puisque les négociateurs peinent à retrouver dans les écrits proposés par notre direction les intentions qu’elle affiche pendant leurs réunions.

 

Un départ tout doux, tout flou

Même si l’entreprise entamait ces négociations en déclarant sa volonté de bien faire sans précipitation, afin d’explorer avec les représentants des différentes délégations quelle forme cet accord pourrait-il prendre, dans les fait ce dernier s’est peu à peu étoffé – principalement structuré et rédigé par notre direction - sans apporter les précisions contextuelles pourtant demandées de façon répétée par des organisations syndicales circonspectes.

En effet, sous couvert de traiter la question de ce que certains nomment déjà la quatrième révolution industrielle, l’accord tel qu'il était rédigé par l’entreprise débordait sur de nombreux autres à travers les thèmes abordés sous couvert d’être affectés par des pratiques identifiées comme numériques : les conditions de travail, le télétravail, la formation, le recours à la sous-traitance, les expérimentations, l’équilibre vie privée/vie professionnelle…

 

Une reprise en main des organisations syndicales

Courant janvier 2016 la situation évolue cependant. L’entreprise semble être soudainement plus pressée, et l’accord gagne en volume de façon conséquente en très peu de temps, s’appliquant désormais à mettre en avant sans plus d’équivoque les qualités présumées des outils et méthodologies que l’entreprise associe à son évolution numérique : l’omniprésence de son réseau social interne Plazza 2.0, la gestion des compétences des salariés par diverses assistances algorithmiques (« Skills for Projects », Mes Compétences, etc…), et l’avènement des modes de formation en ligne.

Légitimement préoccupées par cette tournure des événements, c’est unanimement que les diverses délégations présentèrent à la direction leur demande de suspendre les négociations, afin de se donner le temps de travailler une refonte complète de l’accord numérique proposé par l’entreprise. Les représentants de cette dernière semblèrent quelque peu contrariés d’être confrontés à ce contretemps, et même s’ils laissèrent entendre quelque temps que les organisations syndicales seraient responsables si Orange venait à rater - par leur faute - l’opportunité d’être la première entreprise à signer pareil accord, ils se ravisèrent rapidement en consentant à laisser le temps aux délégations de rédiger leur proposition commune, sans manquer de tout de même les supplier de conserver au mieux la structure et les éléments tels que présentés par la direction jusqu’alors.

 

Trois hypothèses

Ainsi donc, à l’heure où s’écrivent ces lignes, les négociateurs finalisent la nouvelle structure de l’accord qu’ils soumettront bientôt aux représentants de l’entreprise, alors que la question des motivations de ces derniers reste encore posée.

 

  • Une volonté naïve de rattraper son retard pour faire moderne sans considérer les risques ?

Si l’on se contente de prendre pour argent comptant le discours de nos interlocuteurs, ils seraient dans la prospection, la découverte, et une certaine forme d’enthousiasme béat devant des promesses mal identifiées d’un avenir radieusement numérique, fait d’algorithmes qui décuplent les capacités de travail des salariés, ou encore de réseaux sociaux qui permettent à tous travailler dans l’efficace convivialité d’une holacratie idéalisée.

Alors c’est avec un sourire condescendant qu’ils balayent d’un revers de main les considérations alarmistes d’organisations syndicales forcément rétrogrades puisqu’elles vont s’imaginer que des salariés puissent être laissés impuissants face à l’intrusion croissante de leurs activités professionnelles dans leur vie privée. L’entreprise ne dispose-t-elle pas désormais de ce qu’elle présente comme étant des panacées modernes intrinsèquement efficaces, comme les formations en ligne, qui la prémunissent de tout risque de mise en souffrance de son personnel ?

 

  • Contourner les instances de façon systématique dès que quelque chose est « numérique » ?

Cependant au fur et à mesure que l’accord gagnait en consistance, les négociateurs ont pris conscience de deux particularités notables : d’une part le caractère transverse des évolutions numériques fait qu’il déborde très facilement sur nombre d’autres accords existants, ou actuellement en cours de négociation ; d’autre part les prérogatives attribuées à la commission de suivi ayant charge de traiter sa mise en œuvre devenaient de plus en plus nombreuses.

Or ce qu’il faut garder à l’esprit c’est qu’une commission, fut-elle dite « de suivi » et constituée dans le cadre d’un accord, n’aura jamais cette légitimité assise sur le Code du Travail qu’ont des instances représentatives du personnel comme le Comité d’Entreprise, ce qui leur permet de renvoyer la direction face à ses responsabilités, devant le juge s’il le faut.

De ce fait il existe un véritable danger dans la signature d’un accord qui donnerait pouvoir à notre entreprise de traiter dans une commission impuissante toutes les futures évolutions de nos modes de travail, puisqu’à n’en pas douter elles seront alors toutes bien assez « numériques » - d’une façon ou d’une autre - pour ne plus avoir à passer sous les fourches caudines des instances légitimes.

 

  • Communiquer une image de fournisseur de solutions numériques ?

Enfin dans sa dernière version présentée le 29 janvier 2016, avant donc la suspension des négociations requise par les organisations syndicales, l’accord citait avec tant d’abondance toutes les solutions « numériques » de notre entreprise (Plazza 2.0, « Skills for Project », Mes Compétences, la « Digital Academy », les MOOC et autres sigles barbares…) que cela tournait au placement de produit.

Et peut-être est-ce bien le but révélé par la contrariété de nos interlocuteurs de la direction lorsque les négociateurs exprimèrent une volonté de reprendre à leur façon la structure de l’accord : leur insistance pour que celle-ci soit conservée en l’état, autant que faire se peut, n’est pas anodine.

Il faut dire que l’enjeu est de taille quant à l’image de marque du groupe s’il veut se présenter comme pionner du numérique et pourvoyeur de solutions clefs en main intégrant réseau social d’entreprise et autres outils tirant profit des bienfaits présumés du mode « agile ».

Et puis il y a également dans cette approche un aspect toujours plus dérangeant chaque fois qu’on songe à ses implications, car si parmi ses petits camarades du CAC40 Orange est un prodigieux laboratoire de mise en œuvre de ces nouvelles méthodologies que permettent les outils numériques, cela fait de ses salariés des cobayes.

 

100 000 salariés, 100 000 cobayes ?

Ainsi Bruno Mettling disait-il lui-même à l’occasion d’une table ronde organisée par FO le 25 juin 2015 : « L’idée est de voir si, entreprise par entreprise, on peut fonder des règles fortes qui serviront de référence, de benchmark à d’autres négociations qui vont s’étendre. Et c’est vrai que notre entreprise se doit de tenter d’être en tête. C’est le premier employeur du numérique. Orange, c’est 100 000 salariés en France. »

 

Pour en savoir plus, des interventions de Ludovic Guilcher, DRH adjoint d’Orange en charge de la négociation de l’Accord Numérique :

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Alors que notre direction poursuivait ses efforts pour détourner l’attention des élus sur la façon dont elle avait déployé Plazza 2.0 en s’appesantissant sur des présentations d’outils périphériques, nos élus CFE-CGC ont pris soin de ramener le réseau social d’entreprise au centre des débats.

 

Une première victoire

Citant le registre du Correspondant Informatique et Libertés, ils ont tout d’abord mis en exergue comment l’outil « mes compétences » exploite-t-il les données entrées par les salariés sur Plazza 2.0 avant de rappeler l’obligation de transparence de l’entreprise au titre de plusieurs articles du Code du Travail.

Incrédules devant les dénégations de la direction, c’est dans leur intégralité que les élus des autres organisations syndicales rejoignirent les positions de la CFE-CGC. Tant et si bien que fut enfin unanimement votée dans un Comité d’Etablissement une première résolution demandant que cesse le déploiement de Plazza 2.0 dans nos services tant que le droit, et donc le personnel à travers les instances qui le représentent, n’aura pas été respecté.

 

Des efforts à poursuivre

Si cette résolution est une première belle victoire face à la cautèle dont peut faire montre notre entreprise pour s’appliquer à nous imposer son réseau social, elle n’a de valeur que si elle sait servir d’exemple à suivre pour le reste de nos Comités d’Etablissement, notre Comité Central de l’Unité Economique et Sociale, ainsi que nos Comités d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail.

Sans oublier que les instances les plus à même d’interpeller notre direction sont celles des Délégués du Personnel. En effet, ils ont toute légitimité à lui adresser leurs réclamations afin d’exiger que soit respectée l’application du Code du Travail, comme cette résolution le met en exergue, et de saisir l’Inspection du Travail si nos interlocuteurs venaient à faire la sourde oreille.

 

Pour en savoir plus :

  • Résolution unanime des élus CE IMTW du 27 janvier 2016
  • Réseau social d'entreprise : quel cadre juridique ?
  • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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Confondant une fois de plus « accélération » avec « retard à l’allumage », la direction du groupe Orange déploie dans ses services une nouvelle version de son logiciel Plazza, revisité pour devenir un Réseau Social d’Entreprise comme ceux dont disposeraient déjà les trois quarts des entreprises du CAC 40. Doit-on voir dans sa précipitation à enchaîner dans la foulée la négociation d’un « Accord Numérique » avec les Organisations Syndicales une volonté d’avaliser l’irrespect de ses obligations au regard du Code du Travail ?

 

Des obligations oubliées...

Certes, le Correspondant Informatique et Liberté de l’entreprise a pris soin de remplir les obligations du groupe à l’égard de la CNIL, mais qu’en est-il de la présentation aux Instances Représentatives du Personnel des nouvelles méthodologies de travail amenées par cet outil, de la communication à l’Inspection du Travail du règlement mentionnant le Réseau Social d’Entreprise, ou encore de l’information individuelle du salarié ?

C’est au cours de la séance ordinaire du 27 novembre 2015 du Comité d’Etablissement IMTW, que la direction fut interpellée par les élus au sujet du premier de ces points alors qu’étaient évoqués deux nouveaux projets reposant tout deux sur les nouvelles fonctionnalités introduites par Plazza 2.0 : l’outil « Mes Compétences » et l’expérimentation « Skills for Projects ». Malgré une résolution votée à l’unanimité des représentants des Organisations Syndicales ce jour-là, aucune consultation relative au déploiement de ce nouvel outil d’entreprise n’était encore à l’ordre du jour lors de la séance ordinaire suivante, le 17 décembre 2015.

 

...ou sciemment ignorées ?

Pourtant derrière cette apparente précipitation, et le caractère d’expérimentation que donne parfois la direction aux projets gravitant autour du Réseau Social d’Entreprise, se cache la mise en œuvre d’un projet de longue haleine. En effet, déjà en 2010, Orange fondait l’Observatoire des Réseaux Sociaux d’Entreprise, et le 16 décembre 2014 son Directeur Général déclarait : « On va devoir, pour travailler autrement, remettre en cause notre relation au temps et à l’espace dans nos contrats de travail, et donc potentiellement bousculer le droit du travail. ».

 

Pour en savoir plus :

Conditions de Travail et Santé IMTW

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Tous en 4G, tous surveillés ?

Protection données reduite

Dans le cadre du plan « Essentiels 2020 », les personnels d’Orange SA sont désormais équipés d’un mobile 4G. « Tous en 4G » permet à chacun de disposer d’un outil professionnel de dernière génération et de développer son expertise d’usage des outils numériques. Mais ce nouvel outil conduit à une fusion des usages pro et perso du mobile, qui comporte de nombreux risques pour les personnels.Manque de maîtrise du sujet par la Direction ou déloyauté délibérée ?

 

Télécharger le tract en pdf : pdfTract tous en 4G def.pdf

 

Conditions de Travail et Santé Tracts

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